Le Coin des Autruches




L'autruche (Struthio Camelus Australis) est réputée pour l'attitude très particulière qu'elle est supposée adopter en cas de danger : enfouir sa tête dans le sol pour ne plus voir la cause de son inquiétude, s'imaginer ainsi ne plus être exposée, s'en trouver rassurée d'une façon aussi naive que trompeuse.

Si les ornithologues n'ont pas réussi à observer ce comportement chez l'autruche à l'état de nature, on le voit couramment adopté chez une espèce plus commune sous nos latitudes : l'homo sapiens sapiens et, entre autres, ses proches cousins que sont l'homo politicus et l'homo industrialis.




Le syndrome de la politique de l'autruche a les mêmes caractéristiques que chez le gros oiseau africain : négation de la réalité et inadaptation de la conduite suivie, qui n'entament pas une certaine assurance psychologique.


Dans le domaine du risque industriel, toujours en partie virtuel et dont l'appréciation reste en partie subjective, la politique de l'autruche est une tentation permanente, tant chez les exploitants et les experts supposés, que chez les politiques et administratifs. Le Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable estime lui-même nécessaire de le rappeler fortement par l'intermédiaire du BARPI, Bureau d'Analyse des Risques et des Pollutions Industrielles :


" Une action résolue doit être menée à bien pour diminuer les possibilités d'occurence du risque résiduel sans toutefois accorder de confiance excessive à la fiabilité des dispositifs de sécurité. En effet, le retour d'expérience a largement montré que ces barrières de défense sont susceptibles d'insuffisances ou d'aléas techniques, organisationnels ou humains. Au-delà, seuls la gestion de l'urbanisation, l'organisation des secours et l'information des populations exposées pourront limiter les effets de l'accident sur le voisinage. Tout négationnisme dans la conduite de cette démarche hypothèque l'avenir et expose à de douloureuses remises en cause."

Ces remises en cause n'ont malheureusement lieu, c'est la règle, qu'après des accidents qu'il aurait peut-être été possible d'éviter, si les autruches n'avaient pas omis de prendre des décisions courageuses. A Toulouse, différentes personnes, conscientes des approximations de la supposée maîtrise du risque autour du pôle chimique, tiraient depuis longtemps la sonnette d'alarme (voir le livre d'Henri Farreny : " AZF : Chronique d'une Catastrophe Annoncée").

Trop tard, donc, les autruches sortent la tête de leur trou, et contemplent les dégâts d'un oeil incrédule.

Le temps d'un éclair, leur esprit est traversé par l'idée qu'il aurait fallu faire quelquechose, avant.
Dans une résolution du 3 octobre 2001, le Parlement Européen

"constate l'impossible " risque zéro" dans le cadre d'une cohabitation entre une population urbaine et ces complexes industriels pétrochimiques, et estime que l'actuelle logique de " gestion du risque" héritée de l'époque de l'accident de Seveso, et qui a prévalu jusqu'ici, est dépassée dans les faits; juge qu'il est dorénavant nécessaire et urgent de s'orienter vers une logique " d'éloignement du risque" ; demande à ce titre que, dans les plus brefs délais, les enseignements de la catastrophe de Toulouse servent, en ce sens, de base à des propositions faites par la Commission au Parlement européen ;

souhaite que soit saisie l'occasion qu'offre la nécessaire évolution de la législation européenne en matière de risques industriels, pour que l'Union s'interroge, dans le cadre du développement durable, sur l'utilité ou la finalité de certains produits chimiques, et de certains procédés de fabrication aujourd'hui obsolètes".

Voir le texte complet de la résolution.


Nous n'avons pas trouvé trace de propositions faites par la Commission Europèenne sur un éventuel éloignement du risque des agglomérations exposées, parmi lesquelles la grenobloise figure en bonne place. Après ce bref réveil, les autruches auraient-elles à nouveau la tête dans le sable ?

Aidez-nous à leur sortir la tête du trou !

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